
Le mouvement national algérien a produit d’importants rendez-vous historiques avec une richesse et diversité politique rarissime. Les différentes options dégagées se sont beaucoup plus singularisées dans l’approche à faire valoir face à la puissance coloniale de la France. Le courant le plus ancien du mouvement national, les messalistes, considère les conditions de la révolution immatures pour appeler à l’insurrection. Les messalistes comptent forger par l’action politique et la sensibilisation le peuple algérien pour qu’une prise de conscience nationale soit effective et générale. S’appuyant sur le capital expérience, les messalistes différaient à chaque échéance le coup de starter de l’insurrection, ce qui lui a valu des détachements importants de sa base militante et d’une partie de son encadrement, au profit d’autres options. Le courant des assimilationistes, loin de tenir compte de la pleine souveraineté du peuple algérien, se limite à la revendication restrictive d’un champ de liberté, s’articulant autour des libertés politiques d’associations, éducatives, religieuses, sans aller à la remise en cause radicale de l’ordre colonial. Le troisième courant, qui a su cadrer en temps réel avec le besoin du peuple, a focalisé dans ses rangs des jeunes militants fougueux, prêts à passer à l’action armée. Le courant est qualifié par les historiens et les observateurs et analystes de l’époque d’aventuriers, une aventure que l’histoire a fini par payer. C’est à eux que revient le mérite du déclenchement de la Guerre d’Algérie contre le système colonial français, le 1er Novembre 1954. Mohammed Harbi, dans son livre FLN mirages et réalités, étale les faits avec témoignages poignants et preuves tangibles que la Kabylie fut la matrice déterminante dans tout ce qui a trait à la guerre d’Algérie. Une approche statistique est établie et révèle que la Kabylie a fourni les trois quarts de militants impliqués dans l’insurrection nationale contre le colonialisme, alors qu’en matière de livraison d’armements, qui transitaient par le Maroc et la Tunisie, la Kabylie recevait le plus faible quota national, si bien que la finance pour l’achat de cet armement provenait de la cotisation militante de la Kabylie. Ce n’est pas fortuit si la déclaration d’appel au peuple algérien a été tirée à Ighil Imoula en Kabylie ou encore la tenue du congrès de la Soummam s’est déroulée à Ifri, sans citer que sur les 18 colonels qui dirigeaient la Révolution, 15 parmi eux sont de la Kabylie. Novembre a eu raison sur toutes les options politiques du mouvement national, l’action du déclenchement de la Révolution a permis dans un premier temps de corriger l’Histoire et a fait inspirer des nations colonisées à déterminer leur sort face à l’ordre colonial.
Khaled Zahem
Source : La Dépêche de Kabylie du 01.11.2009


